La retraite de Bobby HAUCK : symptôme d'une NCAAF malade ?

 

Photo : Montana Athletics

La nouvelle aura fait le tour de la toile, sur tous les réseaux. C'est aussi un coup de tonnerre sportif : HC Bobby HAUCK, l'entraineur principal le plus victorieux de l'histoire de la Big Sky Conference (151 victoires), quitte son poste au sein du programme de football des Montana Grizzlies. Mais qu'est-ce que cette news type d'inter-saison, pareille à tant d'autres, ne cache-t-elle pas une foret dont personne ne veut entendre les arbres tombés ?

En 15 saisons avec son alma mater, l'homme termine sur un bilan de 151-43 overall en 15 saisons pour 8 titres de conférence, 13 participations en playoffs et 4 apparitions en finale... mais aucun titre. Figure empirique, il aura tout vécu en FCS. Mais l'ultime réussite ne lui aura jamais souris. 

Nommé head coach chez les Grizz dès 2003, décrochant ses 7 premiers titres de conférence consécutivement, il aura fait une tentative en FBS. HC chez UNLV, de 2010 à 2014, pour un bilan oubliable de 15-49, il passera brièvement par les équipes spéciales de San Diego, puis reviendra au bercail pour y exceller à nouveau. C'était un des visages de la FCS, à la tête d'une des équipes les plus compétitives de ces 25 dernières années. Il a aussi été le président de l'AFCA, l'American Football Coaches Association, le syndicat des coachs, en 2025. Son départ est soudain : le portail des transferts refermés, durant lequel Montana s'est montré et a surtout retenu des joueurs clés, au lendemain du Signing Day, personne n'avait pu imaginer que la conférence de presse annoncé dans la précipitation annoncerait une retraite. Mais le timing est-il si confondant ?

Ce qui rend chafouin, ce n'est finalement pas le scénario ou le timing, c'est l'essence même de la conférence de presse. Prenons le temps de revenir sur la nature de ses propos.


Bobby HAUCK n'est pas vieux, n'est pas faible, et est loin d'être dernier né. Il a construit une grande équipe, dont il est fier ; il a un cadre incroyable ; il aime le programme... Il dit même : 

"Si j'avais envie de [encore] être Heach Coach, ça serait ICI, à l'université de Montana."

D'ailleurs, il ne ferme pas la porte au football, il ne sait tout simplement pas ce qu'il va faire dans les prochains mois. Il exprime un ras-le-bol, une fatigue, mais non pas envers sa passion. Il précise :

"Le football aura été une passion toute ma vie, mais ce que je sais, c'est que je n'ai plus envie d'être Head Coach."

Mais le constat est sans appel : 

"Le College Football a changé ces dernières années." [...] "Gérer ce que le College Football est devenu n'est pas toujours trés agréable en tant que Head Coach. Et je n'en profite plus assez. Je veux profiter de ma carrière et de mon job. Et une tonne de choses dans le boulot de Head Coach, en Division I du College Football actuel, n'est pas agréable."

Il dira plus tard que le football change comme toute chose dans la vie mais pour lui le problème est général et que cette préoccupation est partagée par ses confrères d'autres programmes :

"Quel que soit ton environnement, tu dois y naviguer. Je pense que personne ne croit que, du point de vue de sa structure, le football universitaire soit dans une situation vraiment saine. Je ne connais pas grand monde qui dit "Wow, c'est mieux que ça n'a jamais été. J'adore comment les choses vont".

Il aborde un autre point, à deux reprises, qui semble lui rester au travers de la gorge :

"Je suis fatiguer de gérer les agents, le caractère éphémère de tout ça, et le manque de vision à long terme chez les jeunes."

Le timing, on en parlait. Au lendemain des transferts et des signatures, il soulève une question qui est sur toute les lèvres : les agents. En soi, l'existence d'agents de joueur dans le football, et à fortiori le college football, ne date pas d'hier, ni de sa seconde nomination en tant que Head Coach à Montana. Il en parlait d'ailleurs lors de son speech inaugural du meeting annuel de l'AFCA en décembre dernier, dans lequel il avait sorti un assez polémique et mal compris :

"Nous avons des joueurs, sans bourse, dont j'ai du mal à me rappeler le nom, et ils ont des agents !"

Nombreuses étaient les voix qui y critiquaient une forme de snobisme. Lors du même meeting, un autre coach, celui des très en vues Prairie View A&M Tremaine JACKSON, avait lâché quelques bombes également, en parlant des "agents de rue", ceux qui veulent "protéger les intérêts" des jeunes athlètes : 

"L'oncle de la mère célibataire est mon pire cauchemar." 

"Je ne pense pas qu'on puisse réussir et garder nos jobs avec des gamins de 18 ans."

Dans une NCAAF stéroidée au contrat NIL, il y a beaucoup d'argents à se faire. Il y a presque autant d'agents que de joueurs, et beaucoup plus de joueurs que d'argents à dépenser par les programmes. C'est une lame à double tranchant : une équipe doit négocier des contrats avec de jeunes gens de tous milieux, de tous niveaux, mais qui semble avoir un agent. D'un côté, le jeune n'est peut-être plus fumé comme ils ont pu l'être, mais de l'autre, chaque joueur, de chaque position, demande une négociation à part entière. Pour les quelques dollars que cela représente, l'agent ira voir ailleurs. Ne perdons jamais de vue qu'au Pays de l'Oncle Sam, le capital n'est pas une donnée à prendre en compte, c'est une philosophie de vie. C'est toute une mentalité qui est différente... Quitte à mettre en péril les possibilités réels du jeune. Car c'est là que l'étau se referme : nombre de jeune gens entrent dans le portail des transferts mais tous ne trouvent pas une nouvelle maison. Les chiffres sont incertains, car peu glorieux pour l'ensemble des intervenants, mais à rêver de mieux en termes de projection et de rémunérations, on se contente parfois des miettes. 

Qu'importe, cela n'a pas toujours été le nerf de la guerre ? Get rich or die trying. Si tu n'as pas trouvé, c'est qu'ultimement, tu n'as pas été assez bon. Sur le terrain, en négociation, pour trouver le bon agent. C'est une jungle et les plus forts survivent, les gros se nourriront des petits. Maintenant deux questions se posent. 

La première est : est-ce normal que des étudiant-athlètes, un nom absurde dans sa construction même, de moins de 20 ans pour la plupart, doivent gérer une carrière sportive dans un sport business où la réglementation est assez balbutiante pour être inexistante aux yeux des programmes les mieux armés ? Ces garçons ne sont même pas diplômés et on leur demande de faire des choix qui conditionnent leur vie ? Mais que c'est normal car la loi du plus fort prévaut ? Car nous ne sommes plus dans un sport qui veut mettre en avant les fiertés d'une école ou d'une région, en montrant les talents de son vivier, la fierté de ses habitants. Nous ne sommes plus dans la construction et la recherche de talents, nous sommes dans du sport business pur, qui s'amusent à jongler avec des jeunes gens de plus en plus jeunes, car on ne décroche jamais la pépite assez tôt et elle le fruit n'est jamais assez vite mûre.

La seconde question ? Et en FCS, ça représente quoi ? Ce que mentionnait JACKSON : construire des édifices avec des briques et des brocs, faire tenir le spectacle avec des ficelles et du papier. La FCS doit se contenter des restes. Encore une fois. Car, par extension, c'est une course à l'armement de toutes parts, pour les universités mais pour les joueurs aussi. Et il vaut mieux être en FBS, sur un banc, avec un contrat sympa, pour quelques dollars de plus, quitte à tout risquer ; que de se contenter d'un bon développement dans une équipe d'FCS de moyen tableau. Et si on devient trop gros... Il n'y a qu'à monter en FBS. Non ? Ça sera une autre histoire (pour un autre article ?).

C'est une conséquence directe du contrat NIL. D'aucuns diront que le phénomène a été généré par la légalisation du contrat NIL, mais elle est exacerbée. In fine, cette nouvelle législation ne créera peut-être aucun "nouveaux riches". Il en créera d'autres. Certains survivront à ce nouveau système et en jouiront, d'autre s'y perdront mais la plupart rateront le coche. Que ça soit les programmes, les joueurs, les conférences ou les sub-divisions, le nombres de gagnant ne changera probablement pas : les nouveaux riches seront toujours plus riches et se nourriront des moins lotis. Toutes considérations sportives écartées ? Il y a un équilibre à entretenir entre les sub-divisions, ou sinon elles perdent toute substances. Et le football universitaire, comme la plupart des sports, en a besoin.

Il a été souligné par certains observateurs avisés que Bobby HAUCK devait prendre sa retraite pour pouvoir quitter le programme sans y perdre financièrement, par égard à des obligations contractuelles. Chose faite, il s'est très vite tourné vers le poste de coordinateur défensif des Illinois Illinis en FBS. L'histoire semblait écrite et le claquage de porte n'était qu'intéressé ? Tu peux fermer la porte par la poigner, avec courtoisie, ce qu'il a fait... Mais non sans lâcher ses vérités, avec classe et sans viser personne... Et en parlant de toute le monde. Ce qu'il n'était aucunement obligé de faire. Il aura secoué le cocotier mais les noix ne semblent plus assez grosses pour que leurs chutes puissent parvenir aux oreilles des nantis allongés sur les transats.

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